Marne
Transport du corps de Bruno Garibaldi à la Forestière (collection-privée)
Lundi, 11 Janvier, 1915

L’Italie entre dans le conflit le 23 mai 1915, ouvrant ainsi un nouveau front dans le massif des Alpes face à l’Autriche-Hongrie. Mais des Italiens se battent en France depuis l’hiver 1914, ils sont Garibaldiens.

 

Dans la brume matinale du 28 décembre 1914, un petit groupe d’hommes avance difficilement dans les sous-bois de l’Argonne. Un gradé, le bras en écharpe, est suivi de brancardiers au pas moins rapide, haletant sous la charge d’un poids inerte, ils ont marché dans l’obscurité jusqu’au lever du jour. Le Sous-Lieutenant Bruno Garibaldi, petit-fils de Giuseppe Garibaldi, tombé le 26 décembre 1914 devant les tranchées allemandes de Bolante, a été récupéré dans la nuit après maints effots.

 

Ces hommes sont les héritiers du personnage le plus populaire de l’unification italienne : Guiseppe Garibaldi. Il vouera une reconnaissance immuable à la France pour l’aide apportée au Piémont contre l’Autriche en 1859. A la fin de l’été 1914, 2000 volontaires Garibaldiens fidèles à la France affluent, ils sont conduits par les 6 petits fils de Garibaldi. Incorporés dans la Légion étrangère, ils forment le 4ème régiment de marche, ils se distinguent par le port d’une chemise rouge.

 

Ils arrivent en Argonne la nuit de Noël. Le peintre Fernand Léger, alors brancardier, va être témoin de l’attaque du 26 décembre 1914 sur la hauteur de Bolante : « J’ai eu le très grand honneur avec ma compagnie d’être aux tranchées le jour où pour la première fois le 1er étranger italien a donné contre les Boches ! Ils ont cru à la nécessité des allures décoratives. Ils sont montés sur le parapet tout droit, clairon et tambour en tête, et ils sont tombés comme des héros sous les mitrailleuses. Jamais je n’ai assisté et je n’assisterai certainement à un spectacle pareil ! Le résultat fut négatif ; dans une guerre comme celle que nous menons leur manière est périmée. On voulait les retenir, ces animaux-là nous auraient foutu des coups de baïonnette. Ils sont tombés sans avoir rien vu, fauchés froidement par des gens qui les attendaient… ».  Certains exhiberont avec ardeur leur chemise rouge pendant l’assaut. L’attaque est stoppée devant les barbelés allemands, les rescapés attendent le soir pour rejoindre les lignes. Le Sous-Lieutenant Bruno Garibaldi est manquant, il faut absolument retrouver son corps, étendu à quelques mètres de la tranchée ennemie. Le corps est localisé et une seule solution est envisageable : les Garibaldiens creusent une petite galerie d’approche. La galerie achevée, le caporal Salgemma surgit du sol et saisit le corps de son supérieur, des coups de feu partent, il réussit à rejoindre les lignes françaises sans incident, un véritable exploit. Il périra quelques jours plus tard.

 

D’autres attaques suivent, notamment le 5 janvier 1915 aux Courtes-Chausses où un autre petit fils succombe, l’Adjudant-Chef Costante Garibaldi. Le 11 janvier 1915, la Légion garibaldienne est retirée du front après avoir subi près de 25 % de pertes. Le 4ème régiment de marche est dissous le 5 mars 1915.  Parmi ces volontaires, un italien exilé en France depuis 1906 deviendra célèbre plus de 90 ans après les faits : Lazard Ponticelli, le dernier Poilu de France.

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