Noël 1914. on fraternise sur le front...

National
Robson Harold B — Collections of the Imperial War Museums.
Vendredi, 25 Décembre, 1914

A l’automne 1914, la ligne de feu se fige et les armées épuisées se terrent, formant un front continu de la mer du Nord à la frontière suisse. La guerre dure et les espoirs d’un retour rapide dans les familles a disparu. Des millions d’hommes, déployés en rase campagne dans des positions sommairement aménagées, sont livrés à une véritable improvisation, ils manquent de tout et ils sont soumis à de dures conditions climatiques. Ce dénuement favorise parfois les rapprochements entre adversaires et le jour de Noël une trêve est souvent  observée.

 

Des faits spontanés de fraternisation sont signalés et notamment dans le secteur du moulin de Courcy. Le journal de marche du 74ème RI, mentionne ce phénomène pour la journée du 24 décembre : « Les Allemands ont chanté des cantiques et joué de la musique. Ils ont fait un arbre de Noël et illuminé le moulin». Le Lieutenant Ernest Béchu, du 7ème Chasseur à cheval (unité voisine du 74ème RI), ajoute qu’un Allemand s’est dressé sur le parapet de la tranchée pour entonner un chant a capella. Le 25 décembre, un fait insolite se déroule sous ses yeux : un lièvre tiré dans le no man’s land est ramené par deux soldats français sous les applaudissements des Allemands. Le jour de Noël, le journal de marche du 74ème RI mentionne : « Dans la matinée, un certain nombre d’Allemands sont sortis de leurs tranchées sans armes et en levant les bras ; quelques-uns d’entre eux portaient des petits sapins comme arbre de Noël, quelques-uns de nos hommes voyant cela sont également sortis de leurs tranchées (des cigarettes et des bouteilles sont échangées) ». Des coups de feu de sommation (émanant de troupes voisines) font souvent revenir chacun dans ses positions. Ces faits sont souvent difficiles à vérifier, car le commandement (des 2 camps) condamne sévèrement ces suspensions d’hostilité, les auteurs sont souvent punis et les témoins ne doivent pas en référer dans les courriers ou aux autres unités. Il faut à tout prix maintenir la combativité des troupes et la censure est la règle.

 

Il est à noter que les trêves ne s’éteignent pas avec la poursuite et la durée de la guerre. Elles prennent différentes formes selon les secteurs du front et les circonstances, elles relèvent plus d’accords tacites que de véritables fraternisations :


- Partage d’une source située entre les lignes (éviter de croiser l’adversaire par le passage des corvées d’eau à heures régulières).
- Ramassage des blessés entre les lignes.
- Modération ou détournement des tirs.


Ces phénomènes sont de durée variable et dépendent uniquement de l’attitude des troupes en ligne. A chaque relève, ils peuvent être remis en cause. Ces accords tacites, témoignant de la bonne intelligence de certains chefs de secteur, permettent de rendre moins pénible la vie en première ligne et de limiter les pertes.

 

Le 1er Noël de guerre est emblématique des fraternisations du conflit, car c’est celui où les combattants étaient le moins préparé. Ce ne fut qu’une timide trêve, naquit d’une profonde désillusion.

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