Marne
Vendredi, 12 Février, 1915

Près d’un quart des pertes totales françaises sont comptabilisées au 1er semestre du conflit et la situation militaire ne laisse entrevoir la fin de cette hécatombe qui ne peut plus durer.  Les combattants sont exposés à la violence du champ de bataille sans réelle protection et dans des uniformes inadaptés. Un nouveau principe prévaut : l’invisibilité, les combattants doivent se fondre dans le paysage Il devient urgent de protéger les combattants. Cette prise de conscience va émaner d’artistes-peintres et de décorateurs de théâtre mobilisés : le canonnier Louis-Victor Guirand de Scevola a l’idée de recouvrir sa pièce d’artillerie de toiles peintes reprenant les caractéristiques visuelles de son environnement.


Convaincu de son utilité, le commandement crée la 1ère section de camouflage le 12 février 1915 et le caméléon en devient le symbole. Un atelier de camouflage s’installe dans le cirque d’hiver de Châlons-sur-Marne  (accueillant aujourd’hui l’école  nationale des Arts du Cirque) et le marnais Jean-Louis Forain y séjourne, ainsi qu’André Mare et André Dunoyer de Segonzac. Cet atelier se spécialise dans les leurres : faux canons, faux cadavres, faux arbres et vrais observatoires… Henri Bouchard (futur sculpteur du monument de Mondement) se distingue par la réalisation de bustes humains en carton-pâte En 1915, la section de camouflage présente un effectif de 30 hommes, ils seront 3 000 en 1918. De vastes filets sont aussi confectionnés afin de masquer les voies de communication (routes, canaux, voies ferrées) et tout creusement faisant apparaître le blanc de la craie doit être recouvert. D’autres ateliers secondaires apparaissent à Epernay, Sainte-Ménehould, Baye, Gueux et Somme-Suippe.


Les artistes-camoufleurs utilisent les touches de couleurs des impressionnistes et la perspective à points de vue multiples mise au point par les cubistes. Le cubisme, technique qui divisait la société artistique de 1914, va trouver une application surprenante et unanime dans la dissimulation des canons, des avions et des bateaux et des hommes.

 

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